Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le libéralisme est un totalitarisme

Le libéralisme est une privatisation de la politique

4 Septembre 2011, 14:21pm

Publié par Marianne

Un discours idéologique

Le libéralisme se présente comme une théorie économique. Cette théorie est aujourd'hui dominante. Elle oriente tous les choix politiques et sociaux qui servent actuellement à gouverner le monde : elle a institué la norme du « marché » comme juge en dernier recours du bien commun en tous les domaines, elle décrète que le client d'une offre marchande est plus heureux que l'usager d'un service public, que toutes les protections que les travailleurs ont gagné au fil du temps sont des « archaïsmes » entravant la marche du progrès, que les chômeurs sont des calculateurs qui espèrent de meilleurs salaires et qu'il convient de baisser leur indemnisation pour les renvoyer le plus vite au travail...

 

En fait d'apport scientifique, le libéralisme émet essentiellement des injonctions, des normes, qui sont la traduction, en termes de politiques sociales et économiques, des intérêts des classes dominantes, et de la guerre qu'elles ont entrepris contre les travailleurs depuis plus de trente ans.

 

Les théories économiques se sont constituées et développées, en tant que discours à prétention scientifique autonome, en même temps que la bourgeoisie montante montait à l'assaut du pouvoir et remodelait en profondeur la société. La bourgeoisie avait besoin d'avoir une vision globale sur les questions relatives à la production de richesses, à la circulation des marchandises et aux échanges, en bref sur l'ensemble des mécanismes sur lesquels se fondait son pouvoir. La science économique a donc produit des connaissances et des outils permettant de mieux appréhender la réalité. Mais en même temps, la science économique légitime, officielle, a de tout temps été un discours idéologique justifiant les politiques qui ont assuré à la classe bourgeoise son pouvoir et sa prééminence.

 

L'émergence de la science économique est indissociable d'une philosophie, d’une conception de l’homme et de la société qui a renouvellé en profondeur les fondements du lien social légués par le moyen-âge. La bourgeoisie avait besoin de s'affranchir d'un certain nombre de contraintes religieuses qui s'opposaient à ses projets d'accumulation sans frein. Elle a développé toute une théorie des « droits naturels », qui établit le droit des individus face à l'Etat, mais aussi déclare comme « droits naturels », le libre-échange et le droit de propriété. La notion de « droit naturel » peut apparaître comme progressiste, dans la mesure où elle reconnait d’emblée l’existence de droits attachés à la personne humaine ; mais de l’autre elle porte en elle le germe de toutes les naturalisations, naturalisation des inégalités, des positions acquises, du droit de propriété.


En guerre contre l’ordre ancien, la bourgeoisie a inventé le libéralisme politique, proclamant que le peuple est la source de la souveraineté. La forme du gouvernement « naturel » est la démocratie. Mais cette offensive idéologique visait aussi à établir la domination de la bourgeoisie, en en réservant l’usage aux seuls possédants. Ce sont eux les seuls véritables citoyens, détenteurs de ces nouveaux droits fraichement conquis, même si les discours ont une portée universelle.

 

Le développement du capitalisme et la misère des ouvriers ont donné lieu à d'autres discours économiques dont celui de Marx. De multiples écoles critiques vis à vis des théories économiques classiques ont éclos et ont enrichi le savoir économique d'autres analyses et d'autres regards.

 

Après guerre, le monde a connu une période de compromis entre le capital et le travail, dont Keynes fut l'artisan en matière de théorie économique.

 

Ce compromis a été remis en cause au début des années 1980. Le libéralisme, comme théorie, a refait surface, en Grande-Bretagne et au Etats-Unis. Le libéralisme, comme théorie économique, est partie prenante d'une offensive globale visant tous les domaines et le monde entier. Le libéralisme se présente comme une doctrine scientifique, donc à la fois neutre et faisant autorité. Si le « libéralisme » était autre chose qu'un discours idéologique destiné à mystifier les opinions publiques, il prendrait acte des démentis cinglants que la réalité lui inflige, du développement du chômage, des inégalités, de la destructuration des territoires et des atteintes à l'environnement dues à l'application de ses prescriptions, et opérerait un retour sur son corps de doctrine. Mais le discours libéral est fondamentalement imperturbable. Il repose sur des présupposés qui ne peuvent être questionnés, parce qu'ils sont au fondement du pouvoir des classes dirigeantes. Il s'aperçoit à peine de la marée des désastres que ces dernières occasionnent, et sa seule réponse est : « toujours plus », jusqu'à l'absurde.


Le libéralisme repose sur des mesures politiques

Le libéralisme est un projet politique, dont les bases ont été mises en place par les pouvoirs publics, entre la fin des années 70 et le début des années 80 : manipulation des taux d'intérêts, libération des mouvements de capitaux et décloisonnement des activités financières, mesures fiscales qui favorisent les hauts revenus , privatisation des entreprises nationalisées et des services publics...

 

En France, en 1973, le gouvernement modifie le statut de la Banque de France, en lui interdisant de racheter les dettes de l'Etat. Cette mesure empêche donc l'Etat de « faire tourner la planche à billets » génératrice d'inflation, mais, dans le même temps, rend l'Etat dépendant de ses débiteurs privés. La question du contrôle de l'inflation est un véritable problème à prendre en compte, mais le recours aux « marchés » pour assurer cette régulation nous a amené à l'impasse que nous connaissons actuellement.

 

Le libéralisme est un projet politique global. Outre les mesures de politiques monétaires, fiscales, d'autres « réformes », comme par exemple les décentralisations qui se sont généralisées un peu partout au début des années 80, sont cohérentes avec les mesures plus économiques. Le durcissement de la justice, devenue beaucoup plus répressive, est également une composante de la reprise en mains du corps social.

 

Les projets du libéralisme ne sont pas portés uniquement par les Etats ; les instances internationales, FMI en tête, se font les porteurs de ses injonctions. En effet les Etats, lieu d'exercice de la démocratie là où elle existe, et un peu partout au risque des explosions de colère lorsque les populations sont trop exploitées, sont plus ou moins sur surveillance. Les institutions supra-nationales, lieux de « démocratie » très fortement indirectes, comme l'Union européennes, sont d'excellents vecteurs pour les « réformes » les plus radicales.


Les instances publiques asservies

Le libéralisme est une prise de pouvoir par les classes dominantes, mais une prise de pouvoir qui se dissimule. Les véritables lieux d'élaboration des politiques ne sont pas les instances poltiques. Celles-ci ne font que gérer l'adaptation aux règles du jeu sur lesquelles elles se refusent à avoir prise, et de les faire entériner aux populations. Les mesures politiques les plus déterminantes sont passées sous silence auprès de l'opinion publique. Elles sont présentées comme des mesures techniques, de « modernisation » et rien n'est fait pour en éclairer les enjeux.

 

Le libéralisme tient beaucoup au respect de la façade démocratique : c'est pour elle le meilleur instrument de validation des décisions favorables aux riches et aux puissants. C'est donc la puissance publique qui a elle-même pris les décisions qui limitent son exercice. Le libéralisme a évincé l'action de l'Etat d'un certain nombre de domaines pour mieux laisser le champ libre auxsacteurs privés des multinationales et de la finance. L'Etat s'est dépossédé lui-même des moyens de mener une politique monétaire et économique autonome. Tout le discours politique actuel – au moins celui de la droite et de la social-démocratie- met la recherche de la « compétitivité » au coeur de son discours, compétitivité qui conditionnerait la croissance et le bien-être des populations. Mais qu'est-ce-que la compétitivité, sinon le fait de courtiser des entreprises désormais plus souveraines que les Etats, jouissant d'une liberté sans entraves pour installer leurs activités là où bon leur semble, en mettant à profit le moins disant en matière de salaires, de droit du travail, de fiscalité et de normes environnementales ?

 

Le « politique » n'a plus comme fonction essentielle que d'organiser l'arène où les acteurs du grand capital mènent leurs jeux, leur emprise croissante sur la nature et sur les peuples, où ils se confrontent et se concentrent. Ils se doit de faciliter autant que faire se peut cette exploitation des ressources humaines et physiques, permettre la récupération de la plus value pour le privé et assumer par ailleurs tous les dégâts occasionnés au passage. Il se doit d'assurer l'environnement nécessaire à la sécurité des investissements - d'où l'édiction et le respect des règles de droit- et l'absence de désordres « sociaux ». Et faire croire et entériner par le bon peuple qu'il fait tout ça pour son bonheur, et que de toute façon, il n'y a aucune autre alternative possible.

 

L'organisation du « politique » reflète ces préoccupations. Les Etats restent l'instance essentielle, détenteurs de la force publique et du pouvoir de faire les lois favorables au capital. Mais son champ de compétence est limité par en bas et par en haut. La décentralisation a transféré aux collectivités locales une grande partie des services aux populations, avec une fiscalité injuste et des territoires aux besoins inégaux. Ces collectivités locales courtisent elles aussi les entreprises privées qui leur feront l'honneur de s'installer sur leurs territoires, par la prise en charge d'infrastructures et des subventions. Par en « haut », l'autonomie de l'Etat est limitée par son appartenance à instances supra-étatiques ou la signature d'accords de libre-échange. Une organisation comme l'OCDE ne constitue pas un cadre contraignant pour les Etats qui y adhèrent, pourtant on les voit tous suivre les uns après les autres ses « recommandations », autant de codes de bonne conduite pour courtiser les multinationales.

 

Enfin depuis l'éclatement de la crise des « subprimes », l'endettement des Etats les met directement sous la coupe soit des marchés financiers, puissances capricieuses dont il faut s'attirer les bonnes grâces, soit sur celle du FMI dont les injonctions conduit aux mêmes mesures : dans l'un ou l'autre cas, les Etats sont appelés à faire profil bas et à bien suivre les consignes d'austérité, malgré les catastrophes qu'elles vont entraîner.


L'implosion du politique

Mais la duperie du jeu politique atteint ses limites. L'impatience des peuples devient manifeste : révoltes de la jeunesse, particulièrement sur le pourtour méditerranéen. Mais si quelques dictateurs sont tombés de leur piédestal, la route vers la « démocratie réelle » réclamée par les indignés espagnols se dessine pas clairement.

 

Dans les pays « démocratiques », l'absence de prise réelle sur les destinées collectives à travers les élections fait monter une abstention massive, l'alternance des équipes gouvernementales ne changeant rien sur l'essentiel. La montée des extrêmes droites, qui savent habilement jouer sur l'identité des politiques menées par les sociaux-démocrates et par la droite classique menace de faire imploser le système politique de nombreux pays européens. La droite traditionnelle est de plus en plus « décomplexée » ; son discours et ses pratiques la rapprochent d'ailleurs de plus en plus de l'extrême-droite, peut-être par souci de neutraliser ce concurrent électoral. Mais là où elle est au pouvoir, la dérive du discours de la droite classique traduit surtout qu'elle n'a plus rien à d'autre à proposer, que toutes ses promesses ont fait long feu, et qu'il ne lui reste plus qu'à tenter de faire diversion sur le dos de boucs émissaires ; position qui ne fait en retour que renforcer celle de l'extrême-droite et encourager son ascension électorale. Quant à la social-démocratie, sa politique depuis trente ans a consisté à mettre en place des compensations et quelques correctifs à une politique libérale qu'elle a largement par ailleurs accomplie et légitimée. Mais aujourd'hui, elle n'a plus budgétairement de grain à moudre pour mener un semblant de politique alternative. Elle n'a plus, elle aussi, rien à proposer.

 

Nous sommes au bord du gouffre, économiquement, politiquement, idéologiquement. L'urgence devrait nous conduire à aller au fond des choses, à débusquer les leviers du pouvoir réel du libéralisme pour reprendre en mains nos destins.

 

Commenter cet article

CHANAUD Jacques 21/06/2012 14:50


Porté par l'instinct de mort ,le vingtième siécle a connu l'emportement fanatique vers deux formes totalitaires d'idéologies funestes : le fascisme et le
communisme...                     Cette perte,qui ne pouvait que réjouir fût vraisemblablement
douloureuse,car rapidement se déploya une ignominie latente et compensatrice, aussi abjecte :le néo-libéralisme...        Celui-ci,confronté aujourd'hui à une
crise encore plus délétère que celle de 29, dont les conséquences furent dramatiquement ignobles (radiation de 50 millions d'être humains au cours de la seconde guerre mondiale);on peut imaginer
la férocité des "programmes" à
venir...                                                                                                                   
Bien à l'abri, les citoyens du "haut",semblent vouloir continuer leur partie d'échecs à la Pyrrhus,envisageant sans état d'âme (c'est-à dire,sans âme du tout) une nouvelle radiation plus "
performante" des citoyens du "bas" à la puissance de la démence de l'époque et de ses
techniques.                                                                                                      
Frères humains, paresseusement nous avons abandonné notre intérêt de vivre à l'intérêt maladif de pathologies
paranoîaques.                                                                             
Avant qu'il ne soit trop tard,reprenons en main notre destin ,en privilégiant la primauté de "l'instinct de vie" sur la mort à laquelle nous serons ,chacun de nous, confrontés toujours trop tôt
!                                                                                                                
Aucune idéologie politique, religieuse, marchande ,des abstactions en quelque sorte, peuvent indûment se prévaloir sur la réalité tangible d'un corps
vivant.                           En substituant à cette valeur
absolue la médiocrité criminelle du prix(dont la fixation est toujours arbitraire),on en a conclu que c'était la vie qui n'avait plus de prix
!                     J 'en appele,par conséquent, à tous les citoyens qui pensent que la vie
est courte ,et qu'elle ne doit être dévoyée, assujettie à un quelconque pouvoir,ou à des intérêts qui la broient.

max 06/05/2012 08:53


le socialisme a toujours mené à leur perte les pays qui s'y sont essayés, lisez pascal salin et vous vous rendrez compte que le libéralisme peut véritablement permettre la croissance, et que les
"petits" s'enrichissent réellement dans une économie libérale, contrairement au communisme où leur richesse est décrétée, et donc completement fictive...

Olé 04/09/2011 17:29



Si j'ai bien compris votre article,l'ultra libéralisme chinois est une dictature?Ou c'était déjà une dictature avant le libéralisme?Ou bien,au contraire,la Chine se démocratisera ENFIN grâce au
capitalisme?Pourquoi nele dites-vous pas sur bellaciao?Vous avez peur de vous faire censurer "démocratiquement"?Pourquoi le Vietnam,le Laos,et même Cuba ont renoncé au pseudocommunisme pour se
lancer dans un capitalisme encore plus libéral que le nôtre(c'est-à-dire sans quasiment aucun droit social)?Vous seuls savez tout pour les autres?Et pourquoi aucune critique sur ces
libéralismes-là?Parce qu'ils se prétendent communistes?Révisez vos pensées!