9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 14:25

La situation italienne ressemble plus particulièrement à celle de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande… : effondrement de la production, de la consommation et de l’épargne ; une dette souveraine à  hauteur de 123% du PIB ; un taux de chômage qui peut aller jusqu’à 35% chez les jeunes ;  une faible productivité lié à la faiblesse des salaires.


En revanche, les modes opératoires de la contre-révolution capitaliste sont semblables partout en Europe. Suivant les pays, le calendrier, l’ampleur de l’offensive et l’angle d’attaque diffèrent, mais c’est bien partout la même entreprise de destruction méthodique de tous les acquis engrangés par les travailleurs durant la période du compromis entre le capital et le travail.


Les ponctions opérées sur l’économie italienne, au nom de la réduction de la dette, ont considérablement aggravé le mal qu’elles prétendaient soigner : « Le pays est épuisé par des mesures financières qui, en seulement quatre ans, de 2008 à ce jour, ont été de l’ordre de 330 milliards d’euros, dont près de la moitié est le fruit de coupes opérées dans les dépenses, et le reste celui d’un alourdissement supplémentaire de la charge fiscale déjà très importante qui pèse sur les familles. » (1)


Le taux de syndicalisation italien, relativement élevé -30%- n’a pas été en mesure d’opposer un réel barrage aux « réformes » qui ont permis d’inverser la hiérarchie des normes, et de permettre qu’un accord d’entreprise obtenu sous la menace des licenciements puissent être supérieur aux accords nationaux et même au droit du travail.


Auparavant, les trois grandes confédérations du pays s’étaient toujours engagées conjointement lorsqu’il s’agissait d’un accord sur les règles générales du fonctionnement des relations professionnelles. Mais en 2009,  à l’instigation du gouvernement de Berlusconi, un accord fut signé entre deux centrales syndicales et l’organisation patronale, excluant la CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro). Il fut  mis immédiatement en œuvre par Fiat dans ses usines de Pomigliano et de Mirafiori. En échange d’une vague promesse d’investissement (plan Fabrica Italia), le constructeur automobile exigea l’accélération du roulement entre les équipes, la réduction des arrêts maladie et l’absence de conflits : « En matière de grève, les syndicats signataires deviennent responsables non seulement des éventuelles violations de la trêve, mais aussi des comportements des travailleurs. Des sanctions sont aussi prévues pour le syndicat et pour le travailleur, pouvant aller jusqu’au licenciement.» (1)  Depuis, le plan Fabrica Italia a été officiellement abandonné et 2000 ouvriers se retrouvent au chômage.


Le 28 juin 2011, la CGIL parvient à signer un nouvel avec les autres centrales syndicales, qui restaure des conditions de négociations un peu plus équilibrées. Mais un mois à peine après la signature de cet accord, un article de la loi de Finances met à mal l’essentiel de ses dispositions : l’article intitulé « Soutien à la négociation collective de proximité » prévoit que ces accords pourront traiter des horaires, de l’embauche et de la résiliation du contrat de travail, y compris en dérogeant au droit du travail. En réaction, les organisations syndicales et patronale signe un nouvel accord le 21 septembre par lequel elles «s’engagent à se conformer à l’accord conclu par les confédérations le 28 juin, en appliquant intégralement les règles, et à veiller à ce que les structures appropriées, à tous les niveaux, s’en tiennent à ce qui a été convenu dans l’accord entre confédérations susmentionné».


Cependant la portée de cet accord est limitée par le fait que de nombreux travailleurs échappent à sa couverture : la majeure partie travaille dans de petites entreprises, en dessous du seuil de 15 salariés requis pour qu’une représentation syndicale puisse être s'implanter. D’autres travailleurs sont employés dans le cadre de « contrats d’externalisation coordonnée et continue », qui sont en théorie du travail indépendant mais constituent dans les faits un réel travail subordonné. Et sans parler du « secteur informel », très développé en Italie, qui échappe par définition à toute forme de régulation. De surcroît, rien n’empêche un employeur de se désafilier de la Confindustria, la confédération patronale, pour s’affranchir des obligations de cet accord.


La BCE accroit sa pression sur les gouvernements italiens, auxquels elle trace une feuille de route par un courrier du 5 août 2011, gardée secrète jusqu’en septembre où elle est publiée par la presse italienne. La BCE exige des  privatisations de grande ampleur ; une  révision en profondeur des règles régissant le recrutement et le licenciement des salariés ; un abaissement du coût des emplois publics, en durcissant les règles de renouvellement du personnel et, si nécessaire, en baissant les salaires. « Une réforme constitutionnelle visant à durcir la législation fiscale serait également appropriée. » (2)


La BCE est obéie dans le délai d’un an, d’abord par Berlusconi, puis par Mario Monti (dont il ne faudrait pas oublier qu’il a travaillé pour la banque Goldman Sachs).  Tout d’abord un brutal relèvement de l’âge de la retraite  prive de ressources  les travailleurs qui avaient bénéficié d’une sortie anticipée ; ils sont ainsi près de 400.000 « esodati », pré-retraités  au chômage et sans ressources. Dans la foulée la règle d’or européenne est inscrite dans la constitution.


Enfin la loi sur la réforme du marché du travail (n° 92/2012),  censée  réduire significativement la précarité et garantir une couverture sociale à des millions de jeunes sans emploi fixe, a surtout pour but de faciliter les licenciements en limitant les possibilités de réintégration en cas de licenciements abusifs, au profit d’une indemnisation forfaitaire.


Selon Mimmo CARRIERI et Salvo LEONARDI, « les réactions syndicales à cette offensive – sur le fond et sur la forme – ont été, en termes de mobilisa­tion, inférieures à ce à quoi on aurait pu s’attendre. Cela est probablement dû aux fortes incertitudes qui planent, même dans les rangs syndicaux, sur l’évolution de la crise, mais aussi – pour ce qui est notamment de la Confédération italienne du travail (Confederazione Generale Ita­liana del Lavoro, CGIL) – au souci de ne pas rompre de manière frontale avec le principal parti ami, le Parti démocra­tique, engagé dans la grande coalition qui soutient le gouvernement Monti. » (1)


Les statistiques du ministère du travail pour l’année 2012 confirme un verdict sans appel sur l’impact de cette politique :  un million de personnes ont été licenciées dans l’année soit 13.9 % de plus qu'en 2011. Le dernier trimestre a été particulièrement rude.


 Que ce soit en France, en Italie ou ailleurs, il ne sert à rien de vouloir composer avec les exigences du capitalisme, qui transitent par les équipes politiques au pouvoir, appuyées par la complaisance de quelques syndicats. Au-delà de la nécessaire résistance aux projets qui assassinent le droit du travail, la question d’une alternative européenne reste posée, pour permettre aux travailleurs de passer de la défensive à l’offensive.

 

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(1) Chronique internationale de l'IRES n°139 janvier 2013

 

(1)   Italie : Des turbulences sans atterrissage certain : l’évolution récente des relations

professionnelles italiennes Mimmo CARRIERI et Salvo LEONARDI­

(2)

(1)  http://www.challenges.fr/economie/20110929.CHA4869/l-incroyable-diktat-de-trichet-a-berlusconi.html

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Ce blog est issu d'une volonté citoyenne de comprendre le monde, le moment de l'histoire que nous sommes en train de vivre. On est tous dans le brouillard ! Certains penseurs, certains chercheurs ont déjà projeté des éclairages sur l'apparence ; des économistes, le plus souvent, parce qu'ils sont les plus à même d'appréhender un des phénomènes majeurs de notre époque, à savoir la financiarisation de l'économie. Pourtant ce que l'on repère sous l'expression "libéralisme" ou "néo-libéralisme", autour de notions telles que la mondialisation, la globalisation… n'est qu'une composante d'une offensive de classe, qui est tout aussi politique et idéologique. Cette offensive  n'est pas suffisamment appréhendée dans sa globalité.

Le "libéralisme" est en réalité un totalitarisme, une emprise globale sur le monde et sur la vie. Nous vivons le moment de l'histoire où la vague du "libéralisme" met à mal les fondements même de notre contrat social, détruit les économies, détruit l'environnement, détruit les vies, détruit les relations humaines.

Changer le monde est une ardente obligation, mais nous sommes singulièrement démunis. L'évidence a disparu. Certes le refus du monde tel qu'il est parvient à s'exprimer, des luttes éphémères ou durables tentent de maintenir nos droits, de limiter l'exploitation, de faire vivre des solidarités et de faire savoir qu'il y a des valeurs auxquelles on tient. Tout cela est dans le registre de la résistance. La question se pose d'un "au-delà" de ces résistances dispersées, d'une véritable reconquête de la vie, du monde. Mais pour l'instant, ce ne sont que des pistes à peine ébauchées, et des chantiers à ouvrir.  

 

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