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Le libéralisme est un totalitarisme

Idéologie libérale : des classements en général et du classement PISA en particulier

17 Décembre 2013, 19:42pm

Publié par Marianne

Idéologie libérale : des classements en général et du classement PISA en particulier

C’est la mode de soumettre les établissements publics à classement : le meilleur lycée, le meilleur hôpital, la meilleure université…, dont les résultats, pour signaler les meilleurs ou stigmatiser les plus mauvais, sont largement médiatisés. Cette « mode » qui se joue à différentes échelles, de la région au classement mondial, est un des outils de l’inculcation à l’opinion publique de l’idéologie libérale.

A travers la promotion des « meilleurs » établissements, on répand l’idée qu’il ne peut qu’exister, naturellement, une différence de qualité, de performance, entre ceux-ci. Ces classements, dans leur principe, battent en brèche la notion de service public égal pour tous.

Le principe du classement est univoque : il implique d’emblée un « meilleur » et un « dernier de la classe », dans leur globalité. C’est d’ailleurs son objectif. Une évaluation qui viserait simplement à l’amélioration du service, fourniraient des résultats plus complexes, plus nuancés, qui ne se prêteraient pas facilement à un tel classement. Elle essayerait de dégager des pistes concrètes pour permettre à tous de progresser et n’aurait rien à faire de distribuer des bons et des mauvais points. Le classement transforme tout en objet de compétition.

Le classement ne peut résulter que de la mesure de résultats quantitatifs construits de manière identique. Si la méthode est adaptée pour départager les meilleurs à un concours ou le vainqueur d’une compétition sportive, son application à d’autres domaines laisse perplexe. Une approche qui ne prend en compte que la mesure d’indicateurs quantitatifs est profondément réductrice. Elle se présente cependant avec l’évidence faussement objective du chiffre. Certes la mesure d’un phénomène est toujours plus précise qu’une estimation « à la louche », mais toute la question est de savoir quels éléments on extrait de la réalité pour juger de celle-ci, et quelles conclusions on en tire. Le fétichisme du chiffre laisse dans l’ombre la question de l’indicateur objet de la mesure, dont le rapport avec la réalité qu’on cherche à établir est toujours relatif et doit être explicité. Il ne délivre qu’une information qui doit être interprétée et ne saurait constituer la vérité ultime et indiscutable de la question étudiée.

Le classement PISA est réalisé pour le compte de l’OCDE, grand porte-voix s’il en fut des intérêts du capitalisme. Celui-ci fait des services publics une nouvelle frontière à partir de laquelle il cherche de nouveaux espaces pour se reproduire. L’enseignement public est dans sa ligne de mire. Le classement PISA est une offensive idéologique visant à saper la légitimité de l’école publique à laquelle les peuples sont foncièrement attachés. Particulièrement, l’enquête pointe en France l’incapacité du système éducatif à combattre les inégalités scolaires. Ce n’est pas une découverte, mais l’enquête attaque ainsi l’enseignement public sur ce qui fait sa force aux yeux des parents : qu’elle donne toutes les chances à leurs enfants pour qu’ils puissent accéder à une vie meilleure. Et nos gouvernements successifs de s’en donner à cœur joie pour priver l’éducation nationale de moyens, et spécialement de ceux qui permettraient de surmonter quelque peu les inégalités sociales. Plus subtilement, des témoignages d’enseignants –au demeurant de différents bords idéologiques- font part de leur désarroi face aux consignes de l’inspection qui leur conseille de réduire leurs ambitions pédagogiques. Ceux-ci sont trop fréquents pour relever du hasard. Cela relève bien d’une offensive généralisée pour discréditer l’enseignement public et provoquer un sauve-qui-peut généralisé vers le privé.

De surcroît l’enquête ne prend en compte que des connaissances utiles à devenir des salariés utilisables, sans prendre en compte l’épanouissement et le développement du sens critique des jeunes. Le classement instaure une compétition généralisée, une injonction à faire mieux que les autres ou à ne pas se laisser dépasser, adressée aux systèmes éducatifs, qui doivent eux-mêmes transmettre cet état d’esprit à leurs élèves. Tout le monde doit courir en permanence pour lui-même et contre tous les autres, pour le plus grand bien du capitalisme. Et au détriment de nos vies.

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général kafka 01/01/2014 17:38

Intéressant. J'ai grandi en France ou on me disaient que l'éducation française était la meilleure au monde. Une belle raison pour m'en contenter. C'était du pipeau bien sur. Merci PISA.
Si l'école nationale se borne a la mémorisation, par exemple, il est bon de lui administrer un coup de pied aux fesses ... Certes les valeurs capitalistes (rapidité, innovation etc) sont les premières a été regardées. Mais le classement global permet au dernier de la classe d un lycéen parisien de relativiser son sort, vu que le premier de la classe n est pas beaucoup plus avancé comparé aux lycéens asiatiques...